Masses puissantes de lumière surgissant par moment en flots d’or tumescents, puis c’était de nouveau la nue, accrochée au sommet le plus élevé, qui se détachait et glissait lentement à travers la forêt, jusque dans la vallée, ou bien planait dans les airs, s’abaissant et s’élevant entre les éclairs de soleil, tel un fantôme aux ailes d’argent ; pas un bruit, pas un mouvement, pas un oiseau, rien que le souffle du vent, puis proche puis lointain. Des points apparurent ensuite, une ossature de cabanes, planches couvertes de chaume, d’un noir sévère. Les gens, silencieux et graves comme s’ils n’osaient troubler la paix de leur vallée, saluèrent gravement les cavaliers de passage.
Georg Büchner, Lenz, traduction Bernard Kreiss, éditions Jacqueline Chambon, 1995, p. 21.
(Tableau : Friedrich Caspar, Gebirge bei aufsteigendem Nebel, 1835)
